lundi 15 juin 2015

groupe de parole pour adolescents, déficients mentaux légers





L’INTÉGRALITÉ DE L'ARTICLE SUR DEMANDE

1.     La problématique :
Comme nous venons de le voir, en tant que professionnels, nous sommes confrontés à traiter et à accompagner une population dont la principale caractéristique concerne la déficience mentale. Celle-ci ne résulte pas uniquement d’un manque initial (génétique ou médical). Pour preuve quand nous étudions des sujets qui souffrent par exemple d’une aberration chromosomique,  on constate que leur déficience mentale varie d’un individu à un autre. Cela s’explique du fait que d’autres facteurs interviennent dans le développement psychique de ces personnes. La qualité et la maturité de l’environnement immédiates jouent un rôle déterminant en ce qui concerne l’éducation de ces enfants. Cependant nous savons par expérience qu’un déficit initial, induit toujours des distorsions relationnelles qui entravent le développement de l’enfant. La blessure narcissique parentale et surtout la culpabilité et la souffrance, conjuguées parfois à la médiocrité socioculturelle, maintiennent le sujet dans une immaturité affective et intellectuelle. Dans la plus part de cas, cet « accompagnement » transforme le déficit en handicap ; et ne permet pas au sujet d’accéder au principe de la réalité, en rendant ainsi son adaptation à l’environnement problématique.

Dans le cas de la déficience mentale moyenne et surtout légère, les facteurs psychoaffectifs et psychosociaux jouent un rôle déterminant quant à l’évolution d’un enfant ou d’un adolescent. Les traumatismes de toute sorte, les carences affectives, la médiocrité de la stimulation socioculturelle, l’absence d’un étayage et d’une contenance satisfaisants et sécurisants, sont les facteurs qui empêchent le déroulement normal du développement de la personne.
Dans la plus part de cas, les sujets qui évoluent à l’intérieur d’un tel cadre, finissent par se restructurer dans une néo-entité psychique. Celle-ci agit à la fois comme une défense psychique qui permet de faire l’économie d’un ensemble de conflits développementaux et environnementaux ; et en même temps offre à la personne des bénéfices secondaires qui nourrissent son équilibre homéostasique existentiel.
A titre indicatif nous exposons les problématiques individuelles, constituées grâce au concours d’un ensemble de professionnels qui ont été au contact  des adolescents que nous accueillons dans le groupe de parole :
J.M. : souffre d’une névrose infantile sévère, qui résulte de l’incapacité de ses géniteurs à assurer la fonction parentale (eux-mêmes étaient placés étant enfants). En revendiquant la place de l'adulte, il a fini par faire l'impasse sur les apprentissages (bénéfices secondaires de la déficience).
J.N. par son identification primaire au père, a commencé par présenter des troubles du comportement qui l’ont conduit à l’exclusion (symptôme familial). Depuis son placement à l’âge de 8 ans, il n’a pratiquement pas évolué. J. vit dans un paradoxe d’un enfant qui souffre terriblement du rejet familial (angoisses d’abandon), tout en se comportant d’une façon maniaque pour préserver la toute puissance imaginaire de l’adulte.
J.P. : a été victime de la violence conjugale (paternelle) qui a eu raison de son développement psychique. J. n’ayant pas la capacité mentale à élaborer sa confrontation aux conflits parentaux étant enfant, il s’est réfugié dans le statut de l’enfant  pour se protéger de son angoisse de persécution. Cette attitude psychique spontanée avait été validée et renforcée par les attitudes phobiques de la mère.
G.C. : victime du syndrome d’hospitalisme, G. passe sa vie à tenter de maîtriser ses angoisses de persécution et d’abandon. Ses phobies et autres conduites psychotisantes (attaques-panique parmi d’autres symptômes), témoignent de son immaturité psychoaffective et de la faible intégrité de son Moi.
D.D : est victime du faible niveau socioculturel familial qui lui a permis de se structurer dans la névrose infantile. D. a passé sa vie à imiter son père et son grand père mais sans aucune assimilation des rôles. S’il présente une certaine maturité sociale, il n’empêche que la sévérité de sa déficience le place dans celle de moyenne (âge mental 5 ans).
A.C : ce jeune adolescent souffrait d’une psychose infantile qui a été en grande partie compensé grâce à sa prise en charge psychiatrique. Aujourd’hui A. se comporte comme un enfant angélique, docile et parfait en s’appropriant le modèle de l‘enfant sage. Cette configuration l’empêche de grandir malgré un potentiel intellectuel de qualité.
J.H. : ce jeune qui a connu plusieurs familles d’accueil (abandonné ainsi que sa sœur), a fini par exploiter les bénéfices secondaires de ses placements pour compenser son traumatisme d’abandon. Se fixant dans une position infantile éternelle, son unique but concernait la recherche de la gratification matérielle. Cela a eu comme conséquence l’arrêt de son développement psychique.
J.C. : ce jeune a été confié à l’ASE à cause de son fœtopathie initiale puis récupéré par sa famille à l’âge de 6 ans. L’angoisse d’abandon étant si invalidante, il cherchait à la contrôler en cultivant une relation fusionnelle avec mère. Cette relation pathogène a conduit le jeune à se structurer dans l’espace de la névrose infantile (de type hystéro-phobique). Cela eu raison de son développement psychique et partiellement intellectuel.
A.D. : cet adolescent semble être victime à la fois du faible niveau socioculturel familial (stimulations) et d’un médiocre étayage/contenance qui ont eu raison de son développement intellectuel. Abandonné à lui-même, il a compensé ces carences par le narcissisme familial qui nourrit l’illusion de soutien à ses membres.

Analyse:Habituellement les établissements spécialisés pour des jeunes déficients mentaux, répondent au déficit des usagers d'une façon paradoxale; en traitant leur pathologie intellectuelle (retards scolaires etc) ...par des apprentissages!!! (alors qu'ils sont exclus de l'éducation nationale parce que précisément...ils ne pouvaient pas "apprendre")....
Cependant mon expérience de 23 ans dans ce milieu, m'a rapidement fait comprendre que leur pathologie résultait pour la majorité des cas, à des traumatismes psychiques, à des manques socioculturels,  à des abandons ou à des surprotections.
Pour qu'ils puissent renouer avec les apprentissages, ces jeunes ont besoin qu'on les aide à traiter leur psychisme, en les rendant matures psycho affectivement. Dans ce cas un travail de déstructuration/restructuration psychique est nécessaire  pour qu'ils puissent se réinscrire dans la réalité d'une façon adaptée.  




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire