L’INTÉGRALITÉ DE L'ARTICLE SUR DEMANDE
1.
La problématique :
Comme nous venons de le voir, en tant que professionnels, nous
sommes confrontés à traiter et à accompagner une population dont la principale
caractéristique concerne la déficience mentale. Celle-ci ne résulte pas
uniquement d’un manque initial (génétique ou médical). Pour preuve quand nous
étudions des sujets qui souffrent par exemple d’une aberration
chromosomique, on constate que leur
déficience mentale varie d’un individu à un autre. Cela s’explique du fait que
d’autres facteurs interviennent dans le développement psychique de ces
personnes. La qualité et la maturité de l’environnement immédiates jouent un
rôle déterminant en ce qui concerne l’éducation de ces enfants. Cependant nous
savons par expérience qu’un déficit initial, induit toujours des distorsions
relationnelles qui entravent le développement de l’enfant. La blessure
narcissique parentale et surtout la culpabilité et la souffrance, conjuguées
parfois à la médiocrité socioculturelle, maintiennent le sujet dans une
immaturité affective et intellectuelle. Dans la plus part de cas, cet
« accompagnement » transforme le déficit en handicap ; et ne
permet pas au sujet d’accéder au principe de la réalité, en rendant ainsi son
adaptation à l’environnement problématique.
Dans le cas de la déficience mentale moyenne et surtout
légère, les facteurs psychoaffectifs et psychosociaux jouent un rôle
déterminant quant à l’évolution d’un enfant ou d’un adolescent. Les
traumatismes de toute sorte, les carences affectives, la médiocrité de la
stimulation socioculturelle, l’absence d’un étayage et d’une contenance satisfaisants
et sécurisants, sont les facteurs qui empêchent le déroulement normal du
développement de la personne.
Dans la plus part de cas, les sujets qui évoluent à
l’intérieur d’un tel cadre, finissent par se restructurer dans une néo-entité
psychique. Celle-ci agit à la fois comme une défense psychique qui permet de
faire l’économie d’un ensemble de conflits développementaux et
environnementaux ; et en même temps offre à la personne des bénéfices
secondaires qui nourrissent son équilibre homéostasique existentiel.
A titre indicatif nous exposons les problématiques
individuelles, constituées grâce au concours d’un ensemble de professionnels
qui ont été au contact des adolescents
que nous accueillons dans le groupe de parole :
J.M. :
souffre d’une névrose infantile sévère, qui résulte de l’incapacité de ses
géniteurs à assurer la fonction parentale (eux-mêmes étaient placés étant
enfants). En revendiquant la place de l'adulte, il a fini par faire l'impasse sur les apprentissages (bénéfices secondaires de la déficience).
J.N. par son identification primaire au père, a commencé
par présenter des troubles du comportement qui l’ont conduit à l’exclusion
(symptôme familial). Depuis son placement à l’âge de 8 ans, il n’a pratiquement
pas évolué. J. vit dans un paradoxe d’un enfant qui souffre terriblement
du rejet familial (angoisses d’abandon), tout en se comportant d’une façon
maniaque pour préserver la toute puissance imaginaire de l’adulte.
J.P. : a été victime de la violence conjugale (paternelle) qui a eu
raison de son développement psychique. J. n’ayant pas la capacité mentale
à élaborer sa confrontation aux conflits parentaux étant enfant, il s’est
réfugié dans le statut de l’enfant pour
se protéger de son angoisse de persécution. Cette attitude psychique spontanée
avait été validée et renforcée par les attitudes phobiques de la mère.
G.C. : victime du syndrome d’hospitalisme, G. passe sa vie à
tenter de maîtriser ses angoisses de persécution et d’abandon. Ses phobies et
autres conduites psychotisantes (attaques-panique parmi d’autres symptômes),
témoignent de son immaturité psychoaffective et de la faible intégrité de son
Moi.
D.D : est victime du faible niveau socioculturel familial qui lui a permis de
se structurer dans la névrose infantile. D. a passé sa vie à imiter son père
et son grand père mais sans aucune assimilation des rôles. S’il présente une
certaine maturité sociale, il n’empêche que la sévérité de sa déficience le
place dans celle de moyenne (âge mental 5 ans).
A.C : ce jeune adolescent souffrait d’une psychose infantile qui a été en
grande partie compensé grâce à sa prise en charge psychiatrique. Aujourd’hui
A. se comporte comme un enfant angélique, docile et parfait en
s’appropriant le modèle de l‘enfant sage. Cette configuration l’empêche de
grandir malgré un potentiel intellectuel de qualité.
J.H. : ce jeune qui a connu plusieurs familles d’accueil (abandonné ainsi que
sa sœur), a fini par exploiter les bénéfices secondaires de ses placements pour
compenser son traumatisme d’abandon. Se fixant dans une position infantile
éternelle, son unique but concernait la recherche de la gratification
matérielle. Cela a eu comme conséquence l’arrêt de son développement psychique.
J.C. : ce jeune a été confié à l’ASE à cause de son fœtopathie initiale puis
récupéré par sa famille à l’âge de 6 ans. L’angoisse d’abandon étant si
invalidante, il cherchait à la contrôler en cultivant une relation fusionnelle
avec mère. Cette relation pathogène a conduit le jeune à se structurer dans
l’espace de la névrose infantile (de type hystéro-phobique). Cela eu raison de
son développement psychique et partiellement intellectuel.
A.D. : cet adolescent semble être victime à la fois du faible
niveau socioculturel familial (stimulations) et d’un médiocre étayage/contenance
qui ont eu raison de son développement intellectuel. Abandonné à lui-même, il a
compensé ces carences par le narcissisme familial qui nourrit l’illusion de soutien
à ses membres.
Analyse:Habituellement les établissements spécialisés pour des jeunes déficients mentaux, répondent au déficit des usagers d'une façon paradoxale; en traitant leur pathologie intellectuelle (retards scolaires etc) ...par des apprentissages!!! (alors qu'ils sont exclus de l'éducation nationale parce que précisément...ils ne pouvaient pas "apprendre")....
Cependant mon expérience de 23 ans dans ce milieu, m'a rapidement fait comprendre que leur pathologie résultait pour la majorité des cas, à des traumatismes psychiques, à des manques socioculturels, à des abandons ou à des surprotections.
Pour qu'ils puissent renouer avec les apprentissages, ces jeunes ont besoin qu'on les aide à traiter leur psychisme, en les rendant matures psycho affectivement. Dans ce cas un travail de déstructuration/restructuration psychique est nécessaire pour qu'ils puissent se réinscrire dans la réalité d'une façon adaptée.
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