: les mécanismes psychotiques d'une psychose infantile, structurée d'une façon schizophrénique à l'âge adulte
il souffre d’une psychose
infantile vieillissante qui le confine dans un périmètre développemental
primaire. L’immaturité affective dont il fait preuve, ne lui permet pas
d’appréhender le monde d’une façon « réaliste ». Il le conçoit avant
tout à travers son monde fantasmatique qui est géré par des mécanismes et des
défenses archaïques.
Dans son effort de contrôler
l’univers, il a fini par se ritualiser ; en satisfaisant ses fantasmes
mais aussi et surtout en contrôlant le plus possible ses angoisses
d’anéantissement de son objet idéal auquel il s'identifie.
On pourrait résumer sa pathologie
(ou plus précisément son stade de développement affectif qui se situe entre 6-12 mois) en trois dimensions :
- La toute puissance de la pensée : il s’agit du fantasme psychotique universel classique selon lequel le sujet se croit invincible. Ce fantasme est nourri dans les premières années par les représentations fantasmatiques parentales (et le concernant celles de grands parents paternels qui se sont appropriés de l'enfant à la naissance comme l'a souligné sa mère). L’enfant en s'identifiant à l'objet idéal, ne supporte aucune frustration ou concurrence. Benoit en « s'auto idéalisant » a fini par ne plus supporter les frustrations ou tout agissement qui ne correspond pas à son schéma de pensée. Plus grave encore la différence est vécue comme une agression qui tenterait de détruire l’objet idéal qui possède et auquel a tendance à s’identifier (Moi idéal). Cette configuration est à l’origine de ses agressions ; parce que toute représentation qui ne correspond à son idéal de vie, est vécue comme une source de menace qu’il doit détruire. Cette façon de « se vivre », ne lui permet pas de reconnaître ses liens de dépendance à l’égard de l’agent maternel (adulte). Ainsi il ne reconnait ni le monde extérieur ni sa réalité psychique interne. Les sujets psychotiques croient qu’ils se sont auto enfantés puisqu'ils se vivent comme étant « à l’origine du monde ».
L’objectif éducatif initial donc
consiste à rejouer avec lui (à travers le maternage), cette expérience basique
qui lui permettra de reconnaître son besoin à l’égard de l’adulte. En s’étayant
sur l’adulte, il abandonnera progressivement la toute puissance en
reconnaissant qu’il a besoin d’être contenu. C’est ainsi qu’il découvrira qu’il
est un « petit être » face à l’immensité de l’univers qui dénie à
travers le fantasme de la toute puissance de la pensée. A cela il faut ajouter
que certains « interdits » doivent lui être imposés. Cela lui
permettra de décroître son fantasme initial.
- L’intrication pulsionnelle : les conduites du résident sont caractérisées par la déliaison pulsionnelle. Cela signifie que ses pulsions agressives (possession de l’objet) fonctionnent indépendamment de ses pulsions de vie (préserver et se soucier de l’objet). On observe ainsi une inaffectivité (qui souvent terrorise certains professionnels) et qui trahit son incapacité à se soucier d’autrui. Comme il ne reconnait pas ses liens de dépendance, le mécanisme de réparation demeure inactif. Il s’agit là de l’expérience fondatrice qui permet au sujet d’embaucher ses premières véritables interactions. L’absence de l’objet maternel idéal (que le sujet suppose qu’il a détruit à cause de sa méchanceté), crée le souci pour l’objet. Le petit être dans ces moments, tente de réparer d’une façon magique l’objet. Dans ce cas quand les bonnes expériences l’emportent sur les mauvaises, cela renforce la confiance du Moi, du sujet qui pourra ainsi supporter l’absence de la mère. En même temps il commence par reconnaître qu’il a besoin de l’autre pour survivre. Cependant quand le cycle négatif s’installe l’enfant s’enferme dans son monde fantasmatique et toute stimulation extérieure désagréable est vécue comme potentiellement menaçante.
L’objectif dans ce cas consiste à l’aider à réparer l’objet abîmé et à
se montrer soucieux (empathie) à l’égard d’autrui. Ce mouvement est à l’origine
de la socialisation puisque quand il reconnaîtra qu’il a besoin de l’autre, il
sera en mesure aussi de se soucier du bien être de l’autre.
- L’accès au symbolisme : il n’a pas encore accès au registre symbolique. Pour lui tout fonctionnement demeure mécanique et « chosifiant/réifiant ». Cela signifie « qu’un chat est un chat », c est à dire qu il a 4 pattes qu'il émet un son etc. Il ne peut toujours pas utiliser le langage en dehors du premier degré (absence de langage métonymique et surtout métaphorique). Pour lui une phrase comme « il est habile comme un chat » ne comporte pas les représentations de l’habilité, de la tendresse, de la sauvagerie féline etc; et lui est sémantiquement inaccessible. Le jour où je lui ai signifié que "personne n'est parfait"; à la séance suivante il m'a dit qu'il avait compris ce que je voulais dire puisque "tout le monde fait caca".
L’objectif dans ce cas consiste à l’aider à travers le jeu, de
s’inscrire dans le « semblant » et réaliser ses fantasmes de la toute
puissance à travers le mécanisme de la réparation que le jeu lui offre (comme
un enfant qui en maternant sa poupée, répond ainsi à la satisfaction de ses
propres besoins et désirs). Autrement il s’agit d’inscrire le résident dans le
registre du « comme si ».
Ce rapide résumé représente
quelques parties significatives qui composent l’organisation et le
fonctionnement d’un être humain qui pour un ensemble de raisons, n’a pas pu
réaliser certaines expériences qui lui auraient permis d’accéder à
l’affiliation et par conséquent de s'inscrire dans le monde symbolique. IL demeure ainsi "anobjectal" puisqu'il est enfermé dans son monde interne archaïque.
En tant que professionnels,
sommes invités à démystifier la « folie » d’autant plus qu’elle fait
partie de nous même et de notre société.
Du point de vue éthique,
« rejeter » un psychotique équivaut à notre impossibilité à
reconnaitre nos propres failles. Plus
elles sont puissantes et plus l’intolérance affichée sera marquée. Le
psychotique tente « de rendre l’autre fou » et à ce titre il parait
légitime de vouloir se préserver. Cependant si on souhaite afficher,
revendiquer, et assumer un accompagnement éducatif thérapeutique, tout
professionnel est invité à connaitre certains mécanismes qui gèrent le
fonctionnement humain. A défaut de vouloir traiter » nos
« failles » personnelles, le professionnel peut développer ses « connaissances ».
Il s’agit là sans doute de la meilleure arme dont il dispose pour faire face à des
cas qui sont souvent difficiles à prendre en charge éducativement et à soigner.
A ce titre il ne faut pas oublier qu’un foyer de vie représente le dernier
rempart social devant le rejet, l’isolement et l’anéantissement qui condamnent
l’individu à ses conditions asilaires.
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