lundi 15 juin 2015

l'humanitude plus forte que le handicap


 Note d’évolution clinique                                         2014

Mr R.
Diagnostic : il s’agit d’un adulte de 38 ans qui présente une déficience profonde/moyenne qui se  justifie du fait de sa toxoplasmose et d’une hydrocéphalie. (souffrance néonatale). A cela il faut ajouter un éventuel syndrome d’hospitalisme à cause de son abandon initial et la multiplicité des placements.
Conduites cliniques : Mr R. pendant plusieurs années se comportait comme un petit être abandonné au bord d’une route nationale. Il se mettait régulièrement dans le couloir qui menait à son groupe près du radiateur à observer et à invectiver au hasard des rencontres, certains de ses camarades et inversement (ce qui engendrait des conflits réguliers).
Le résident donc menait une vie « d’attente », dans un monde auquel il voulait participer mais sans savoir comment. Ses seules interactions s’esquissaient à travers sa maladroite façon de rentrer en contact avec autrui.          
Puis depuis le changement d’étage et la rupture d’avec sa famille d’accueil, on a commencé à observer un changement progressif. Il a ainsi commencé à investir son lieu de vie et à vivre les encadrants d’une façon différente. A sa façon il a tissé des liens et a reconstitué son roman familial, en utilisant un mode administratif !!!
Sa dernière longue hospitalisation n’a fait qu’accentuer les liens qu’il avait commencé à construire, essentiellement avec les adultes ; et a renforcé son sentiment d’appartenance.

Problématique : Mr R. a été doublement pénalisé dans la vie : à part sa maladie, il a dû affronter aussi le syndrome d’hospitalisme suite à son abandon. A cela il faut ajouter ses handicaps physiques qui relèvent du domaine médical.
Pendant des années, il se vivait comme un « paquet de la poste » qu’on dépose quelque part, une sorte de bébé-objet qui attentait que l’adulte s’occupe de lui.
Le changement survenu est du, plus à des circonstances externes et surtout à sa propre élaboration qu’à un accompagnement réfléchi. La rupture familiale lui a permis de construire des nouveaux liens et les encadrants ont su répondre à ses sollicitations pour lui fournir ce sentiment d’appartenance et surtout le sentiment de sécurité qu’il avait tant besoin pour exister.
Lors de son hospitalisation, il réclamait régulièrement le psychologue dont l'étayage a réussi à l'inscrire dans la "chaîne signifiante; en l'aidant à reconfigurer sa vie, ses liens et ses relations affectives si nécessaires à la survie de tout être humain. 
Dans cette ambiance sereine Rachid a éclos comme une fleur et s’est mis à revendiquer ses droits, à confirmer sa présence, à solliciter l’adulte dans un langage « administratif » ; puisqu’il a su s’approprier le vocabulaire des professionnels. Ayant réglé le problème de ses origines ainsi que celui de ses liens et de son accompagnement, il se mit à vivre en devenant pour la première fois de sa vie un vrai sujet avec la consolidation de la notion du « je » et l’acquisition d’un langage qui étonne parfois par ses expressions pertinentes.


Yorgos Kepenos
Psychologue



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