Mr R.
Diagnostic : il s’agit d’un adulte de 38 ans qui présente
une déficience profonde/moyenne qui
se justifie du fait de sa toxoplasmose
et d’une hydrocéphalie. (souffrance néonatale). A cela il faut ajouter un
éventuel syndrome d’hospitalisme à cause de son abandon initial et la
multiplicité des placements.
Conduites
cliniques : Mr R. pendant plusieurs années se comportait comme
un petit être abandonné au bord d’une route nationale. Il se mettait
régulièrement dans le couloir qui menait à son groupe près du radiateur à
observer et à invectiver au hasard des rencontres, certains de ses camarades et
inversement (ce qui engendrait des conflits réguliers).
Le résident donc menait une vie
« d’attente », dans un monde auquel il voulait participer mais sans
savoir comment. Ses seules interactions s’esquissaient à travers sa maladroite
façon de rentrer en contact avec autrui.
Puis depuis le changement d’étage
et la rupture d’avec sa famille d’accueil, on a commencé à observer un
changement progressif. Il a ainsi commencé à investir son lieu de vie et à vivre
les encadrants d’une façon différente. A sa façon il a tissé des liens et a
reconstitué son roman familial, en utilisant un mode administratif !!!
Sa dernière longue hospitalisation n’a fait
qu’accentuer les liens qu’il avait commencé à construire, essentiellement avec
les adultes ; et a renforcé son sentiment d’appartenance.
Problématique : Mr R. a été doublement
pénalisé dans la vie : à part sa maladie, il a dû affronter aussi le
syndrome d’hospitalisme suite à son abandon. A cela il faut ajouter ses
handicaps physiques qui relèvent du domaine médical.
Pendant des années, il se vivait
comme un « paquet de la poste » qu’on dépose quelque part, une sorte
de bébé-objet qui attentait que l’adulte s’occupe de lui.
Le changement survenu est du, plus
à des circonstances externes et surtout à sa propre élaboration qu’à un
accompagnement réfléchi. La rupture familiale lui a permis de construire des
nouveaux liens et les encadrants ont su répondre à ses sollicitations pour lui
fournir ce sentiment d’appartenance et surtout le sentiment de sécurité qu’il
avait tant besoin pour exister.
Lors de son hospitalisation, il réclamait régulièrement le psychologue dont l'étayage a réussi à l'inscrire dans la "chaîne signifiante; en l'aidant à reconfigurer sa vie, ses liens et ses relations affectives si nécessaires à la survie de tout être humain.
Dans cette ambiance sereine Rachid
a éclos comme une fleur et s’est mis à revendiquer ses droits, à confirmer sa
présence, à solliciter l’adulte dans un langage
« administratif » ; puisqu’il a su s’approprier le vocabulaire
des professionnels. Ayant réglé le problème de ses origines ainsi que celui de
ses liens et de son accompagnement, il se mit à vivre en devenant pour la
première fois de sa vie un vrai sujet avec la consolidation de la notion du
« je » et l’acquisition d’un langage qui étonne parfois par ses
expressions pertinentes.
Yorgos Kepenos
Psychologue
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